Un légume-remède du quotidien
Bien avant que la médecine moderne ne se généralise, l’oignon de Cambrai – comme beaucoup d’autres variétés locales – faisait partie de la pharmacie domestique. On lui prêtait des propriétés presque miraculeuses, transmises par l’expérience collective. Dans chaque foyer, il était à la fois un aliment et un soin de première intention contre les petits maux du quotidien.
Cataplasmes et usages externes
L’un des remèdes les plus répandus consistait à appliquer des cataplasmes d’oignon sur la poitrine ou la gorge en cas de toux et de rhume. On écrasait l’oignon cuit ou cru, parfois mélangé à du miel, pour dégager les voies respiratoires. On l’utilisait également pour soulager les piqûres d’insectes, en frottant directement une rondelle fraîche sur la peau. Dans le Cambrésis, ces gestes simples étaient considérés comme aussi efficaces que les rares médicaments disponibles.
Décoctions et infusions
En usage interne, l’oignon servait à préparer des décoctions censées purifier le sang ou stimuler l’organisme. On le faisait bouillir dans de l’eau ou du lait, puis on buvait cette préparation comme un fortifiant. Certains y ajoutaient du sucre ou du vin chaud pour améliorer le goût. Ces infusions étaient réputées pour calmer la toux, apaiser les maux d’estomac et favoriser le sommeil.
Prévention des maladies
Dans les campagnes du XIXᵉ siècle, on croyait que l’oignon protégeait contre les épidémies. Certaines familles plaçaient un oignon coupé en deux dans la maison pour « absorber » les maladies. Cette croyance, très répandue en Europe, trouvait un écho particulier à Cambrai, où l’oignon local était perçu comme un allié naturel contre les fièvres saisonnières.
Un remède de pauvreté mais de sagesse
Ces usages relevaient d’une médecine populaire : faute de moyens financiers pour consulter un médecin, les habitants s’appuyaient sur les ressources de la terre. L’oignon de Cambrai était accessible, cultivé à proximité, et considéré comme un don de la nature. Ces pratiques, loin d’être naïves, traduisaient une forme de sagesse empirique et une capacité d’adaptation face aux difficultés.
Superstitions et symboles
Au-delà des remèdes pratiques, l’oignon revêtait aussi une dimension symbolique. Certains pensaient qu’accrocher une tresse d’oignons dans la maison éloignait le « mauvais air ». D’autres en plaçaient sous le lit pour chasser les cauchemars ou renforcer la vitalité. Ces croyances, à mi-chemin entre soin et rituel, montrent combien l’oignon faisait partie de l’imaginaire collectif.
Héritage et regard moderne
Aujourd’hui, la science reconnaît certains fondements aux usages traditionnels de l’oignon : ses composés soufrés ont des effets antibactériens et anti-inflammatoires, ses antioxydants soutiennent l’immunité. Bien que les cataplasmes et décoctions aient cédé la place à la médecine moderne, ils restent dans la mémoire comme le reflet d’une époque où l’on savait tirer parti des ressources locales. Redonner sa place à l’oignon de Cambrai, c’est aussi réhabiliter ce patrimoine immatériel de savoirs populaires.